Ainsi soit elle !

Publié le 24 Mars 2009



 
                       





Benoîte Groult grandit dans un milieu intellectuel et artistique : ses parents fréquentent les peintres et les écrivains d'avant-guerre, Picasso, Picabia, Jouhandeau, Paul Morand... Après avoir enseigné le latin et la littérature, elle commence le métier de journaliste, qu'elle exercera tout au long de sa vie, parallèlement à sa carrière d'écrivain. C'est en 1958 qu'elle publie son premier roman, 'Journal à quatre mains', écrit avec sa sœur Flora. Suivent deux autres romans issus de leur collaboration.
En 1972, elle publie seule '
La Part des choses', puis 'Ainsi soit-elle' essai sur la condition féminine qui connaît un grand succès mondial. Suivront  'Les Trois Quarts du temps', 'Les Vaisseaux du cœur'… et les plus récents : « La touche étoile » et « Mon évasion ".



 "Mon évasion" est son autobiographie, sa traversée de la vie "comme une perpétuelle évasion".


La jeunesse d'aujourd'hui imagine mal l'extraordinaire parcours qui a été celui des femmes au XXe siècle.
Moi qui suis née en 1920, qui ai grandi sagement dans une institution religieuse,  qui suis arrivée à l'âge adulte sans même avoir le moyen légal d'exprimer mon opinion sur les orientations du pays ( je n'ai obtenu le droit de vote qu'en 1945, à 25 ans !)
 Moi qui me suis avisée, la quarantaine venue, que j'avais vécu une bonne partie de ma vie sans conrtraception sans IVG , ( ce qui ne veut pas dire hélas sans avortements) sans avoir pu accéder aux écoles de mon choix, au pouvoir politique, pas même à l'autorité parentale sur mes propres enfants, j'ai l'impression d'avoir été condamnée à une interminable course d'obstacles. "


Benoite Groult nous raconte " ses " vies.

Elle commence par être une petite fille sage, allant à l’école chez les Sœurs. Elle grandit à Paris avec sa soeur Flora, dans un milieu bourgeois.  Son père, André Groult, crée les plus beaux meubles Art Déco. Sa mère, Nicole , a également réussi dans la mode. »

Cette femme, qui a su percer seule dans les années 1920, n’a pas aidé sa fille à se libérer des carcans sociaux. Au contraire! «En me comparant à elle, je me trouvais banale. Je n’avais pas le courage de sortir du lot. De faire scandale, comme aurait voulu maman. » Benoîte deviendra professeur de latin et femme au foyer. Son premier mari la laisse veuve au bout de six mois. Le second devient le grand reporter Georges de Caunes. Une union catastrophique. «Je n’allais tout de même pas divorcer au bout de six autres mois !» Elle essaya de plaire à son mari, sacrifiant ses amis, ses goûts, sa personnalité pour devenir une épouse irréprochable, puis une bonne mère pour ses deux filles ( pas de couche-culottes, pas de lave-linge, ni  de petits pots pour bébés !). Elle décide de divorcer.

" De notre échec, Georges ne se sentait pas responsable. Ne pas rendre sa femme heureuse n'a jamais constitué une faute pour un mari.  Tout juste un peu de négligence, mais c'est la vie qui veut ça . Les femmes, la plupart d'entre elles, n'ont-elles pas tout pour être heureuses ? l'eau courante, que n'avaient pas toujours leurs mères,une cuisine moderne, des appareils ménagers toujours plus fonctionnnels, renouvellées à chaque anniversaire et puis ce grand bébé- homme à dorlotter, pas toujous commode, c'est vrai , mais elles adorent ça au fond.
Le problème, c'est quelles en demandent trop. Et puis elles se laissent déborder par le travail à la maison, ajouté au travail professionnel, qu'elles ont choisi de faire le plus souvent. Mais elles ne savent pas s'organiser. Un homme saurait mieux gérer son temps.
"Je ne sais pas comment tu fais pour n'avoir jamais une minute à toi !"
Toute réponse logique aurait paru insultante." Et si tu m'aidais ?" n'arrivait même pas au seuil de la conscience. La division des tâches restait implacable dans les années 45... et suivantes . Rien n'avait troublé l'eau tranquille des foyers...."


Après son divorce, elle trouve l'amour, le vrai, le fort, avec Paul Guimard, écrivain  et éditeur célèbre.   Elle devient enfin indépendante, se met à écrire, se révèle  à elle-même. Ils feront la route ensemble durant 54 ans, partageant leurs passions pour la littérature, la mer , la pêche , le vent... 

 " Il faut absolument s'échapper de l'image de l'épouse admirable, de la mère dévouée , de la ménagère parfaite, pour s'occuper plus de soi. Ca dure toute la vie, une évasion. C'est tout le temps à refaire
. "

Elle va mener un combat pour nous, les femmes, pour nos droits, notre dignité et plus de liberté. Dans son livre " Ainsi soit elle" elle va courageusement révéler les mutilations sexuelles sur les petites filles en Afrique. Elle va briser le monde  du silence qui entoure les femmes opprimées dans les pays arabes et africains .

Aujourd'hui encore, à 89 ans, elle se bat toujours pour la féminisation des noms de métiers en France ( je suis écrivaine ! ) et pour le droit de mourir dignement .

Elle se désole de voir ses petites-filles lire Voici ou People.
«La presse féminine française est lamentable. On dirait les journaux de ma jeunesse. Il y a un terrible retour en arrière. On ne parle jamais de l’intelligence, on dit toujours que ce sont les seins et les fesses qui comptent pour réussir sa vie.

La pub, qui paie les magazines et a intérêt à multiplier les femmes au foyer, meilleures consommatrices, a tué le féminisme.

Pour construire sa vie, il faut s’évader, casser les codes, les habitudes, les morales. Les barreaux repoussent, on n’en finit jamais. Aujourd’hui, je dois lutter pour exister comme femme vieillissante


Il a fallu cent ans pour effacer les discriminations les plus criantes entre les hommes et les femmes, mais qu'attend-on pour abroger celles qui restent ?» Ainsi soit-elle


Bravo Madame Groult et merci pour ces mots d'espoir que vous nous offrez à la fin de votre livre.

" Tant que je saurai où demeurer, tant que je serai accueillie en arrivant par le sourire de mes jardins, tant que j'éprouverai si fort le goût de revenir et non celui de fuir ; tant que la terre n'aura perdu aucune de ses couleurs, ni la mer de sa chère amertume , ni les hommes de leur étrangeté, ni l'écriture et la lecture de leurs attraits ; tant que mes enfants me ramèneront aux racines de l'amour, la mort ne pourra que se taire.

Moi vivante, elle ne parviendra pas à m'atteindre
."

Joliment écrit non ? J'adore !!

Rédigé par Moonshadow

Publié dans #Livres

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
Oui, vraiment très intéressant. J'avais bien sûr entendu parler d'elle, mais en n'y accordant qu'un intérêt suffisant distrait pour ne pas avoir la curiosité de la découvrir. Grâce à toi, j'irai certainement faire un tour du côté de chez elle.<br /> Bises et à bientôt
Répondre
B
merci pour cette découverte ... je ne la connaissais pas cette grande dame ... ton blog est vraiment enrichissment culturel pour mon petit cerveau .... ;-)
Répondre