Leonardo Padura : Les brumes du passé

Publié le 2 Septembre 2008


 Je viens de terminer un livre que j'ai beaucoup aimé, dont l'action se déroule à La Havane.. 


              



                    Les Brumes du passé
 
                        de Leonardo Padura

 

Mario Conde a quitté la police.
Il gagne sa vie en achetant et en vendant des livres anciens, puisque beaucoup de Cubains sont contraints de vendre leurs bibliothèques pour pouvoir manger.

Le Conde a toujours suivi ses intuitions et, ce jour d'été 2003, en entrant dans cette extraordinaire bibliothèque oubliée depuis quarante ans, ce ne sont pas des trésors de bibliophilie ou des perspectives financières alléchantes pour lui et ses amis de toujours qu'il va découvrir mais une mystérieuse voix de femme qui l'envoûtera par-delà les années et l'amènera à découvrir les bas-fonds actuels de La Havane ainsi que le passé cruel que cachent les livres.

Leonardo Padura nous parle des gens de sa génération, " des Martiens " pour les plus jeunes mieux adaptés à l'envahissement du marché en dollars, aux combines et à la débrouille.

L'enquête, chez Padura, est la forme active de la nostalgie. A chaque nouveau livre, il se lance un peu plus à la recherche du temps perdu. Il exhume la mémoire littéraire, musicale et politique d'une île qui, dans la faim et l'épuisement, s'éteint.


                 

 


Propos de l’auteur




La crise économique des années 1990 n’a pas été uniquement matérielle. Elle s’est accompagnée désastre sur le plan idéologique. En ce sens, je pense que les changements engagés sont profonds et irréversibles. La confiance monolithique et absolue que nous avions dans le socialisme et les mensonges dont nous avons été abreuvés pendant trente ans se sont écroulés avec le mur de Berlin. Nous avons découvert le vrai visage du socialisme européen.


 



Les gens se sont détournés d’un régime qui, au nom de l’égalité pour tous et d’un avenir meilleur, a engendré des génocides à grande échelle.
Tout cela a laissé la place au désespoir, à la frustration et au sentiment d’avoir été abusé.
C’est comme si nous avions tout à coup perdu la "foi". La perte de confiance a conduit les gens à rechercher d’autres formes de croyances, comme la religion, par exemple.

Elle les a également poussés à rechercher des solutions individuelles pour améliorer leur vie, comme l’émigration.

La perte des illusions peut néanmoins conduire à une sorte d’hérésie. Je sens que beaucoup de Cubains aujourd’hui ne croient plus en rien. Ils se limitent à vivre au jour le jour, à survivre jusqu’au lendemain, sans grandes considérations philosophiques, religieuses ou même morales.


C’est cette désillusion que je raconte dans mes romans. Je décris le désespoir des gens de la génération de mes parents qui doivent continuer à se battre malgré leur âge.
J’écris sur la frustration des gens de ma génération auxquels on avait promis un avenir meilleur qui n’est jamais venu.
Et sur l’incertitude, et la désorientation qui envahissent les plus jeunes
.


Mais, même dans des conditions parfois difficiles, je préfère vivre à Cuba.
Partager les incertitudes, les carences, les restrictions du peuple cubain.
Au milieu des gens qui sont la source de mon inspiration littéraire et humaine. J’aime entendre battre le coeur de la vie cubaine et avoir les mêmes désirs ou les mêmes frustrations que mes concitoyens.

Qu’ils m’offrent leurs souffrances et leurs espoirs pour que j’en fasse ma litterature.


                       .

 
Le Conde devrait un jour devenir un personnage de film. Nous avons déjà une adaptation de prête mais c’est très compliqué, vous savez, de trouver les fonds nécessaires pour tourner un film.
Il y a aussi le problème du tournage. Une production nord-américaine n’aurait pas la permission de tourner à Cuba.
Je suis donc sollicité par des productions latines et françaises. 

 


Note biographique

Leonardo Padura est né à La Havane en 1955 et vit à Cuba. Il est romancier, essayiste et auteur de scénarios pour le cinéma. Ses romans sont publiés au Mexique, à Cuba, en Espagne, en Allemagne, en Italie et en France.

J’avais déjà fait la connaissance de Mario Conde à travers les polars des " Quatre saisons " comme " Electre à la havane " ou "  L’automne à Cuba ".

 


Le dernier roman de Leonardo Padura est de ces récits qui vous attrapent dès la première page, vous embarquent dans un flot d’émotions et ne vous lâchent pas totalement une fois la dernière page tournée.

Au fil des pages, ces brumes enveloppent le lecteur d'une douceur et d'une mélancolie qui ne nous quittent pas.

Padura sait manier très justement le mélancolique et le suspens dans une écriture mélodieuse, habitée par le rythme de l’air de boléro qui avance aux côtés de l’intrigue.


               
                    


Au-delà du roman noir et de l'enquête de Mario Conde, Leonardo Padura écrit un beau roman mélancolique sur la perte des illusions, l'amour des livres, de la culture, et de la poésie si populaire des boléros. On reste longtemps marqué par l'atmosphère de ces brumes cubaines.

 

Et puis dans ce roman, j’ai retrouvé une chanson que j’aime tout particulièrement :

" Va t’en de moi. ".    


En effet, la chanson envoûtante interprétée par Violeta, cette chanteuse disparue qui va pousser Conde dans sa quête, est justement la version originale de cette chanson " Vete de mi " composée par V. et H. Exposito,  adaptée en français par Etienne Roda-Gil et reprise par Julien Clerc.


                                   

 

Un texte et une mélodie magnifiques que je vous conseille de découvrir si vous ne connaissez pas encore cette chanson magique.

 


                      VA T’EN DE MOI 
  
 


Toi qui peuples tout
De ta jeunesse et de ta voix
Qui voit des fantômes derrière toi
Et qui entends le chant parfumé de l’azur
Va t’ en de moi 

Ne reste pas là à regarder
Les branches mortes du rosier
Qui ne donnera plus de fleurs
Cherche l’horizon de l’amour
Qui dit le rêve et la raison
D’aimer

Moi qui ai renoncé
Depuis longtemps à la splendeur
J’ai les bras brisés
A tant déchirer de coeurs
Va t’en de moi

Dans ta vie je serai le meilleur
Une petite rosée du passé
Qui va bientôt s’évaporer
Comme le plus beau des poèmes
Est celui qu’on a oublié..
Va t’en de moi

Dans ta vie je serai le meilleur
Une petite rosée du passé
Si tu parviens à m’oublier
Comme le plus beau des poèmes
Est celui qu’on a oublié..

                                

Rédigé par Moonshadow

Publié dans #Livres

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M
Oui moi aussi je suis tombée sous le charme de ce livre, personnages, atmosphère j'adore !
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M
Le titre est à lui tout seul la plus belle définition de la nostalgie... j'avais adoré ce livre !
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