Harraga de Boualem Sansal
Publié le 7 Août 2008
HARRAGA est le 4ème roman de Boualem Sansal.
Il met en scène Lamia, la trentaine, la narratrice, qui s’étiole entre son travail de pédiatre dans un hôpital d’Alger où le quotidien est fait de misère, de violence et de misogynie et sa maison de Rampe Vallée (quartier d’Alger), vieille de 2 siècles, ayant appartenu aux occupants successifs de l’Algérie, depuis les ottomans jusqu’aux récents " pieds-noirs ".
Cette maison tient une grande place dans le roman. C’est le rempart de Lamia contre l’hostilité de la ville. " C’est mon havre,
mon histoire à moi, ma vie. " Elle y vit recluse, sans espoir d’avenir, avec ses souvenirs : plus de famille, seul un jeune frère Sofiane, harraga, " brûleur de route ", parti vers l’enclave
espagnole du Maroc d’où il espère gagner l’Espagne.
Un jour, on frappe à la porte. Elle ouvrira avec méfiance à Cherifa, une adolescente de 16 ans, arrivant d’Oran, enceinte de 5 mois et à qui Sofiane a dit : " Va chez ma sœur, elle est revêche, colérique, vieille fille, mais elle t’aidera ". Lamia dit d’ailleurs d’elle-même : " Je suis aigrie, intolérante, méchante, querelleuse, intempestive et j’en passe. Je me déteste…Pourtant, je suis une romantique, j’écris des poèmes. "
S’ensuit un véritable chamboulement de leur vie commune. Lamia passe du rejet à l’affection et à la prise en compte de l’éducation de sa protégée.
Chérifa étouffe, fugue. Lamia se désespère, la recherche.
Ces péripéties sont prétexte à une description cinglante mais non dépourvue d’humour de la société algérienne, exprimée par une femme lucide et pleine d’humour.
-"… Le mauvais exemple vient de haut, du gouvernement qui prend son inculture pour un diamant légendaire, sa barbarie pour du raffinement, ses bricolages pour de formidables stratégies d’Etat, ses détournements pour de légitimes rémunérations… "
Cette nostalgie ambiante, ces désespoirs répétés s’estomperont à certains moments au profit de folles espérances dans un avenir
lumineux.
L'harraga, c'est le brûleur de route, l'expatrié volontaire en quête de meilleur, d'ailleurs. Harraga, c'est l'Islam, le
fanatisme, et Alger qui poussent sa jeunesse sur les routes ; l'exil pour les garçons, l'exode pour les filles.
Ce quatrième roman de Boualem Sansal, c'est aussi le regard amer et tendre sur cette Algérie, qui nie l'identité et l'espoir pour laisser vide ou torturé de questions sans réponses.
C'est enfin, c'est surtout, la parole de Lamia, ses deuils, son désespoir du monde, enfermée dans sa vieille maison familiale hors du temps. Vieille fille, vaincue et subjuguée d'avance par le
tourbillon d'égoïsme, d'enfance et d'inconscience portant la vie qu'est Chérifa, elle renaît à l'amour et à la révolte. Caustique, parée d'une insolence salvatrice, Lamia nous livre son histoire,
ses réflexions intimes, avec pour méthode d'introspection esprit et autodérision. Elle dénonce la dictature des "défenseurs de la Vérité", quand le gouvernement et la religion mêlent fascisme et
terreur. Entre émir et imam, la loi des barbus pèse sur les libertés élémentaires, s'abat sur les femmes, et plombe les rues d'Alger.
Semé de poésies, Boualem Sensal dresse un portrait de femme intransigeant, émouvant, sondant avec brio l'âme féminine, les affres de la solitude et du renoncement.
Boualem Sansal
J'ai aimé ce roman. Cette femme Lamia, m'a fait penser à mon amie Pierrette. Sa tendresse, son humour, cette ouverture d'esprit.
Une personne qui peut tout comprendre et donner avec discrétion une immense affection .
Ce roman qui se déroule en Algérie - mon pays natal- m'a appris la situation très difficile des femmes et des jeunes là-bas.
Après cette lecture, j'ai fait des recherches sur ce pays "de ma toute petite enfance", sur Mostaganem la ville où je suis née.. Je vous en parlerai de temps en temps.