Une renaissance....

Publié le 24 Avril 2013

 

 

 

                        

 

 

«  Il y a longtemps, j'ai voulu partir.
Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d'une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue.
Je regarde la nuit venir.

C'était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j'ouvre la porte et que je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C'était comme ce soir, trop chaud. Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait.
Ce soir-là, j'ai eu peur. Peur, si je restais dans cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.

Je fixais la maquette.
Ma mère faisait la vaisselle. Le clapotis de l'eau dans l'évier pour accompagner tous les rêves de caravelle.
Et ma poitrine qui se serrait. J'avais huit ans.

Les maquettes, c'était le monde en miniature, un monde qui tenait dans le creux d'une main. Réduit. Moi, le monde, je le voulais grand. Pas réduit.
Et ma respiration se cognait contre les bords.

Mon père, ce bonhomme à la haute stature, courbait sa taille. Les yeux rivés à de minuscules filins, il s'affaissait.
Nous quatre dans notre maison, ma mère, mon père, mon frère Loïc qui faisait ses devoirs à l'étage et moi, je nous ai vus. Tout petits dans le monde.

Si petits. Réduits, nous aussi ? »

 

 

Un extrait du livre de Jeanne Benameur  " Les insurrections singulières"

 

Les Insurrections singulières a pour narrateur un jeune homme, Antoine, tiraillé entre ce qu'il est et ce qu'il aurait pu être. Fils d'ouvrier, il a fait la fac sans y croire, espèce d'errance dans un monde dont il ne fait pas partie. Il rejoint finalement l'usine, comme on suit son destin, sans cesser pourtant de s'interroger. Antoine s'éveille au monde, refuse la résignation, se syndique, se politise. Quand l'usine délocalisera ses ateliers au Brésil, il partira à la rencontre des ouvriers de là-bas.

 

Un beau roman qui décrit avec une incroyable justesse les tourments et questionnement d'un homme qui n'est nulle part à sa place, ni avec sa famille ni dans son travail.
Une belle histoire de (re)naissance au monde.

 

Une réflexion sur la vie, le travail, les rêves enfouis qui m'a beaucoup intéressée.

 

 "A l'usine, l'idée de travailler moins, c'est le malheur, la peur de la misère. C'est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C'est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n'importe quelles conditions. Elle est là la misère. Pas dans le portefeuille à plat à la moitié du mois seulement."

 

 "... la question du travail, elle n'est pas nouvelle, Antoine, elle est là bien avant celle du profit capitaliste. Il faut quand même bien se questionner sur la racine même du travail. Pourquoi les hommes ont-ils tant besoin de travailler, hein? Pourquoi l'oisiveté est-elle montrée du doigt comme la mère de tous les vices depuis toujours? Tout ça, ça ne date pas d'aujourd'hui! Avant de s'en prendre au monde des affaires, il faudrait essayer de comprendre l'affairement des êtres humains. L'affairement. Si tu le réduis juste à une histoire de patrons et d'ouvriers, tu passes à côté de quelque chose de bien plus intéressant encore."

 

"Antoine vit le décalage mais finalement pas celui qu'on croit, pas celui si facile d'être ouvrier en face de gens instruits. Mais le décalage de ceux qui ont vécu dans l'ombre de leurs rêves, de ce qui les prenait aux tripes, de ce qui les anime dans le silence parce qu'ils n'ont jamais oser le dire, parce que ce n'est pas pour eux."

 

Et puis j'ai aimé le personnage du vieux bouquiniste Marcel qui va aider Antoine à prendre sa vie en main.

 

" Chez Marcel, on aurait dit que les livres attendaient avec nonchalance qu'on les ouvre. Ils étaient là, disponibles, sans exigence. En même temps, par leur présence, ils me disaient que j'avais encore des milliers de choses à découvrir. Ça ne me bousculait pas. Ça me convenait. L'impression que rien n'était fini, que quelque chose pouvait s'allumer et brûler haut et fort. En moi. C''était dans les livres, dans les pages. Ça m'attendait."

 

                   

                                Merci Lulu de m'avoir prêté ce livre !

 

               

Rédigé par Moonshadow

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Mary de Bx 25/04/2013 19:38

c'est tout bon j'ai trouvé ce n'est pas évident ; tu comprendras en lisant mon comm. sous le billet précédent. Bisous Mary