Née là-bas

Publié le 29 Octobre 2010

 

 

                                   petite mer

 

 

 

A la bibliothèque je suis tombée par hasard sur un numéro hors série de Télérama

"Algérie je t'écris" paru en Mars 2002. Des témoignages, des textes qui m'ont beaucoup touchée.

Celui de J.H. Touitou est très beau.


       « Je me sens fils d’une terre qui n’a jamais été la mienne mais qui est celle de mes racines.

En quittant l'Algérie, en quittant la ville de Biskra, j'ai vécu la perte de l'amour, la perte du monde.

Et, depuis quarante ans, c'est à reculons que j'avance dans la vie. Somnambule affolé. Seul. Fouillant obstinément les rues et les jardins d'une ville presque oubliée, incertaine.

 Nous avions l'âge des délices et de l'oubli, l'âge de l'insouciance et des petits mensonges. Dans l'attente du sommeil, nuit après nuit, je m'abandonne aux souvenirs. Nous avions l'âge des regards éblouis, des regards éberlués au détour d'un geste, reflet exclamé sous le voile. J'ai le regret de quelques visages, quelques prénoms. La nostalgie des voix éperdues et fragiles de nos jeux. J'ai le regret des mimo­sas, diadèmes parfumés racontant le printemps, des fleurs d'hibiscus proposées au soleil, des guirlandes de bougainvillier ruisselantes de bonheur.

J'ai le regret du désert. Immense. Infini. Le désert au seuil des maisons, déjà. Le Sahara sans repos, refoulant sans cesse des dunes. Le Sahara, où, une ou deux fois par an, rugissaient jusqu'à en mourir les eaux sombres et tumultueuses des oueds.

 

Ardents débordements d'un ciel épouvanté par l'orage. Nous avions l'âge des courses folles dans les palmeraies bourdonnantes de miel.

L'âge de nous rafraîchir, heureux dans les eaux lentes des seguias. L'âge de nous étourdir tout au long de ces grandes journées ouvertes sur nos rires sans fin. Nous avions l'âge des rencontres possibles, des défis lances au ciel. 

Des rendez-vous soupirent aux terrasses complices de nos secrets d'adolescents. Nous avions 15 ans, et la mémoire pas encore mutilée. "  

                                                                                                                                                                                                                 J Henri Touitou Paris


Moi je n'avais que 6 ans quand nous avons quitté l'Algérie en juillet 1962 et je ne ressens aucune nostalgie. Mes racines sont en Provence et je n'ai que très peu de vrais souvenirs de " là-bas."

Pourtant "quelque chose" de ce pays vit en moi, légué par mes parents.

Des expressions, les bonnes recettes de maman, l'amour du soleil et de la Méditerranée. Et peut-être cette nostalgie, cette envie de conserver les souvenirs,  en écrivant, en faisant des photos...

Je crois que chacun de nous a en lui son "là-bas".

C'est peut-être l'enfance ou un moment de notre vie particulièrement heureux, la région où l'on a grandi, un lieu de vacances...

Son petit coin de paradis.

     

 

                                 eau]

 

                          Bisous à tous...



 

 

Rédigé par Moonshadow

Publié dans #c'est ma vie

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Tita 31/10/2010 19:57


Quel beau texte en effet. Il y a plus de 30 ans que je ne suis pas retournée en Calabre, dans le village où je suis née. Pourtant, c'est vrai qu'à chacun de mes séjours là-bas, que ce soit lorsque
j'étais enfant ou plus tard, adolescente puis jeune mariée, je retrouvais comme un apaisement lorsque j'étais dans mon village, comme si, enfin, je me sentais "chez moi".
Bises à vous 3 et à bientôt.


Charlette 30/10/2010 13:27


Ce texte de JH Touitou est très beau et émouvant .
Dans ma tête se bousculent tant de souvenirs ,bons ,ceux de mon enfance insoucieuse tant que Maman était là. Puis , ceux qui étaient pour moi plus douloureux ,malgré ma Mémée qui m'a élevée ,et
toujours "Chérie" . Voila . J'étais quand même HEUREUSE . Bises affectueuses .


Ava 30/10/2010 12:41


Bonjour Marie,
Il paraît que l'Algérie est le plus beau des pays de l'Afrique du Nord.
Il semblerait que tu n'y sois pas retournée : mais on conserve des souvenirs à 6 ans.
Je te souhaite d'avoir la possibilité d'y faire un tour : comme moi, quand je retourne en Normandie, là où je suis née.. cela fait comme un bain de jouvence.
bonne journée