Et que le vent entre !

Publié le 23 Novembre 2010

 

 

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Ecoutons l'écrivain Christian Bobin, ses propos sont vraiment intéressants.   

 

Extraits d’un interview :


" Nouvelles Clés : Vous nous offrez de sublimes oxymores : des couples de termes contradictoires, que vous faites cohabiter. Par exemple, vous trouvez « un surcroît de vie dans le manque ».

 

Christian Bobin : 

Tout est une question d’air et de respiration. C’est l’encombrement qui nous rend malhabile, et qui nous fait parfois, suffoquer. On a besoin de connaître des choses telles que l’ennui, le manque, l’absence, pour connaître la présence, la joie et l’attention pure.

On a besoin d’une chose pour aller vers une autre. Par exemple, j’aime beaucoup les livres, mais j’ai remarqué que je trouvais les plus intéressants dans les toutes petites librairies perdues, qui n’en vendent que très peu ; comme si c’était là que certains livres m’attendaient depuis très longtemps. Alors que je ne les aurais pas vu dans un grand étalage, parmi mille autres choses.

Cette pensée va dans le sens exactement inverse de celui qui a créé Internet. À la racine d’Internet, il y a le désir qu’on ait tout, tout de suite. Que surtout nul ne souffre plus d’un manque. Or, je pense que c’est une souffrance que d’avoir tout à sa disposition, sans intervalles.

On devient soi-même comme une chose au milieu des choses. Alors qu’on a besoin que certaines vitres de la maison soient cassées.

Et que le vent entre ! Besoin de certains défauts, de certains manques, de certaines brisures, pour pouvoir respirer.

 

N.C. : Qu’est-ce qui vous conduit vers la toute petite librairie où, justement, vous allez trouver le livre rare et important ? Le hasard ? La grâce ?

 

C.B. : Comment préciser sans trahir ? (parce qu’il faut que je reste dans ma langue, que je parle avec mes mots). Vous avez plusieurs façons de voir le soleil. La voie scientifique vous met entre les mains des documents extrêmement nombreux, de plus en plus précis, qu’il vous faudra plus qu’une vie pour lire. Et puis, vous avez l’autre voie.

Vous regardez autour de vous, vous voyez un pissenlit, et là, vous savez ce qu’il en est du soleil. Parce que la structure est la même. Le pissenlit, à mon sens, est comme un petit frère égaré du soleil. Il aime tellement son grand frère, qu’il s’est mis à lui ressembler. Dans l’infime, vous avez l’immense. La contemplation vous donne ce que l’information ne vous donnera jamais. La contemplation a besoin de s’appuyer sur du très peu, du très simple. »

 

A méditer !

 


Rédigé par Moonshadow

Publié dans #Reflexions

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moms-diary 24/11/2010 10:41


Hello Moonshadow,

Merci pour ce beau passage. Effectivement, à méditer comme tu le dis justement.

J'espère que ta famille et toi allez bien.

Très bonne fin de semaine, A bientôt, mOm