Les feuilles mortes de t.h. Cook

Publié le 17 Mars 2009



Thomas H. Cook, Américain, est né en 1947. Ancien professeur d'histoire, il est aujourd'hui secrétaire de rédaction au magazine Atlanta. En quinze ans, Thomas H. Cook s'est imposé comme l'un des maîtres du roman noir.  J'ai aimé son dernier roman  :


              Les feuilles mortes   



Eric Moore a toutes les raisons apparentes d’être heureux : propriétaire prospère d’un magasin de photos et d’une jolie maison dans une petite ville sans problème de la côte Est, il mène une vie de famille épanouie auprès de sa femme Meredith et de son fils Keith, un adolescent de quinze ans. Cet équilibre parfait va pourtant voler en éclats à jamais… Un soir comme les autres, ses voisins demandent à Keith de garder Amy, leur fille de huit ans. Au petit matin, Amy est introuvable.

Je vous livre quelques passages de ce livre qui m’a passionnée.

«  L’illusion, c’est qu’une journée normale annonce un lendemain normal. Au contraire, on remet tout en jeu chaque jour, et notre vie dépend des caprices du destin. Aujourd’hui, quand je repense à cette matinée ensoleillée avant que le téléphone retentisse, je sais que je vivais dans un monde d’illusion. »

Très vite, l’attention de la police se porte sur Keith et ce dernier, pataud et mal dans sa peau, se défend maladroitement.

Alors que l’enquête de la police se recentre autour de Keith, Eric doit lui trouver un avocat et le protéger contre les soupçons croissants de la communauté. Mais est-il tout à fait sûr de l’innocence de son fils ? Si Keith était coupable, et s’il était prêt à répéter son geste... Quelle devrait être alors la responsabilité d’un père ?

« Le soupçon est un acide Il ronge tout ce qu’il touche. Il s’attaque à la surface des choses en y laissant une marque indélébile...Le soupçon détruit la confiance niveau par niveau. Et creuse toujours plus profond. »

Les feuilles mortes est le récit d’une confiance brisée et celui des efforts héroïques d’un homme pour retenir coûte que coûte les liens qui l’unissent à tous ceux qu’il aime.

Un point de départ ultra classique : la disparition d’une enfant. C’est la suite qui l’est moins. Thomas Cook ne se place pas du point de vue de l’enquêteur chargé de retrouver la petite (morte ou vive) et le coupable. Il ne se place même pas du point de vue de la personne accusée, qu’elle soit coupable ou innocente.

 Son narrateur est  Eric, le père de l’accusé, et le roman est la description du processus de destruction de la cellule familiale et de plongée en enfer de ses membres.

« Tout à coup, je pris conscience que l’angoisse est une forme d’humilité, une façon d’admettre son impuissance, son absence de contrôle sur la vie. » 

Il s’adresse à lui-même longtemps après les faits. Il pense à son métier, à toutes ces photos de famille qu’il a développées pendant des années. Des photos où tout le monde paraît heureux. Ces témoignages de bonheur sont parfois des mensonges, il en fait l’expérience.

Il a tout remis en question.

« Mais étais-je vraiment un meilleur père que mon propre père ? Quand, pour la dernière fois avais-je eu une véritable conversation avec mon fils ? Bien entendu, nous échangions quelques mots an dîner ou lorsque nous nous croisions dans le couloir. Mais une véritable conversation, c’était autre chose. Les vraies conversations sont porteuses de rêve et d’espoir elles font tomber les masques. »

Il a souffert, douté et espéré.

 « Dans la matinée, je fus soudain animé d’un espoir. Il ne reposait sur rien, j’en conclus donc que nous étions des êtres programmés pour espérer coûte que coûte, même face à un destin implacable. Nous rêvons de paix au moment où des bombes explosent tout autour de nous. Nous espérons que notre tumeur ne grossira pas, que nos prières ne se dissoudront pas dans le ciel. Nous espérons être toujours amoureux, que nos enfants deviendront des gens bien. Et même à l’instant où notre voiture franchit le bord de la falaise, nous espérons atterrir sur un tapis volant. Et quand c’est vraiment trop tard, les dernières fibres de notre corps espèrent alors une mort sans douleur, voire une glorieuse résurrection. »

Il a tout perdu sa famille, ses certitudes et il se retrouve seul avec ses souvenirs douloureux.

Ce roman est parfois noir, souvent  mélancolique, toujours intelligent. Il nous pousse à réfléchir sur le couple, la famille, les rapports parents-enfants, sur les ados qui nous semblent parfois lointains, indifférents et qui ont pourtant tellement besoin de notre écoute.

C’est vrai qu’un drame (maladie, deuil ou comme ici enquête de police) peut faire beaucoup de dégâts et fragiliser l’équilibre d’une famille. Il faut beaucoup d’amour, beaucoup de générosité pour surmonter l’épreuve et en sortir toujours unis. J’en ai fait l’expérience.  


                                 

Rédigé par Moonshadow

Publié dans #Livres

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