Guadeloupe

Publié le 15 Février 2009




            


                             


Cela fait maintenant quatre semaines que c’est la grève générale en Guadeloupe.

 Ce sujet m’a interpellée  grâce à  Géraldine ( blog’s friend ) qui nous a fait prendre conscience de la gravité de la situation là-bas et qui appelait à signer une pétition pour que la grève qui paralyse l'économie prenne fin .
 Les habitants sont en souffrance

J’ai voulu en savoir plus. D’autant que le mouvement est en train de s’étendre en Martinique, en Guyane et à la Réunion. Les médias ne font que survoler les évènements et ne sont pas toujours fiables. Alors comment tenter de comprendre la situation ? Difficile de faire une synthèse des articles que j’ai découverts sur le net. Je vais néanmoins essayer. 
                                                              


La Guadeloupe est bloquée
. Un grand nombre de syndicats et d’organisations se sont regroupés pour l’occasion dans une alliance. Pourquoi ?

 

Enfin, le conflit actuel est aussi "animé" par les diverses mouvances indépendantistes, qui, depuis des années, comme d’autres en Martinique, surfent sur une idée à laquelle ils ne croient même pas eux-mêmes, mais qui confère une stature et un créneau médiatiques.

Analyse de Jean Batouk, économiste :

« En dehors du contexte de crise, c’est le système même de l’île qui ne pouvait mener qu’à l’explosion : quelques familles « beke » (des blancs créoles) contrôlent les plus grandes industries, en se réservant une marge de bénéfice largement au-delà du raisonnable. Ces familles ont le pouvoir économique.

On a là une forme de néo-colonialisme à l’ancienne : l’exploitation du plus grand nombre au profit d’une poignée de familles. En 2009, c’est insupportable de voir que cela existe encore sur le sol français !

Avec la crise qui frappe tous les territoires, la Guadeloupe ne pouvait qu’être en première ligne : le nombre de travailleurs pauvres est énorme, et ce n’est rien à côté des chômeurs, qui sont plus de 25% de la population active totale. Sachant que les jeunes sont les plus exposés aux difficultés, avec 45% de chômage, la poudrière est prête à sauter

Les besoins sont bien entendu énormes en Guadeloupe : avant tout autre chose, il faut arriver à une répartition plus juste des richesses


Mais sur le fond, ce conflit social est un des soubresauts d’une économie "îlienne", qui, comme toutes les autres du même type présente des caractéristiques économiques spécifiques qui sont aux racines du conflit.

D’abord, dans toutes ces îles, nombre d’approvisionnements sont concentrés entre les mains de quelques grossistes et importateurs. Il en résulte une inévitable opacité sur les prix; plus qu’ailleurs, quand les prix de gros montent, les prix de détail prennent l’ascenseur, et quand les premiers baissent, ils redescendent par l’escalier; les prix et le "pouvoir d’achat" sont donc, encore plus qu’ailleurs en France, au cœur des revendications.


                                                            


Quant au tourisme, malgré les efforts de promotion des autorités locales, et la qualité des sites, il est handicapé par le même problème de coût relatif et, il faut le dire aussi, par une mauvaise réputation de l’hôtellerie guadeloupéenne, liée à un certains nombre de grèves surprises qui ont gêné les touristes et que la presse a largement amplifiées.

                              

Question: disposant de ce climat, pourquoi la Guadeloupe n’a-t-elle pas développé la culture d’autres végétaux, notamment fruits et légumes, à substituer aux importations, et qui auraient créé des emplois de substitution?
Pourquoi, cherchant à effacer la désastreuse image conférée par l’utilisation du chlordécone, interdit depuis 1993, mais qui continue à polluer, n’a-t-elle pas développé à toute vitesse la banane bio et tous les autres fruits et légumes tropicaux "bio" qui s’exporteraient aisément et à bon prix?
Pourquoi la Guadeloupe et les autres DOM-TOM, n’ont-t-ils pas développé amplement l’énergie solaire et marginalement éolienne pour réduire la dépendance énergétique et, en même temps, créer des emplois d’installation et de maintenance?

Réponse double à toutes ces questions.
 Les collectivités locales "iliennes" vivent des "droits de mer" qui représentent 75% des recettes des communes et 27% de la région. Ont-elles vraiment intérêt à susciter le développement des productions locales, donc à diminuer les importations? Quelles ressources fiscales substitueraient-elles, tant qu’il n’y a pas d’assiette économique pour une autre taxation ? » 


                                                            

D’autres pistes pour saisir la complexité de la situation…

 

Extraits de l’interview d’ Elie Domota, porte-parole du comité Lyannaj kont pwofitasyon. Le LKP, collectif contre l’exploitation, formé de plus d’une quarantaine d’associations et de syndicats.

 « Autre question cruciale: le scandale des prix des carburants et de l'eau. Ces prix sont calculés en toute opacité. On nous fait payer des taxes sur des prestations totalement inexistantes.

La production locale, notamment agricole, doit être impérativement protégée et développée. Nous ne pouvons pas attendre indéfiniment le bon vouloir des bateaux pour nourrir les Guadeloupéens.

Sur un autre plan, il y a aussi de grosses difficultés en matière de formation et d'insertion professionnelle. Nous sommes dans ce petit pays-là une majorité d'origine africaine et caribéenne, et pourtant nous subissons ouvertement une discrimination raciale à l'embauche. Certaines entreprises installées sur notre sol et dirigées par des métropolitains préfèrent faire venir du personnel de France alors qu'elles disposent sur place d'un personnel parfaitement qualifié.

La totale inadaptation des politiques publiques menées en Guadeloupe depuis cinquante ans, l'inconséquence des élus locaux et les prises de position d'un patronat particulièrement réactionnaire ont conduit à ce ras-le-bol général qui a fini par déborder. Nous exigeons une revalorisation immédiate des minima sociaux, du travail pour tous les Guadeloupéens, la baisse des prix excessifs sur les produits de première nécessité comme les produits alimentaires, l'eau ou les carburants. 

-A chaque conflit, on constate une dérive d’exclusion. Des gens se plaignent de racisme ?
Les blancs sont victimes de discrimination en Guadeloupe ?

 C’est ça la question ? J’aimerais bien qu’on me prouve ça. Il faut être très sérieux sur ces questions-là. Les victimes dans cette histoire, c’est qui ? Nous sommes majoritaires en Guadeloupe, nous sommes exclus de tout. Les entreprises à Jarry sont dirigées par des métropolitains, n’embauchent que par des boîtes d’intérim et des cabinets de consultants dirigés par des blancs qui ne recrutent que des blancs. Tout l’encadrement des grandes entreprises en Guadeloupe est blanc. Dans les administrations, tous les grands services sont dirigés par des blancs. Et on veut me dire que les blancs sont victimes de discrimination en Guadeloupe ?
Aujourd’hui, la majorité originaire des communautés africaines et indiennes, n’a aucun pouvoir dans ce pays. Il y a deux ou trois Guadeloupéens qui sont chefs de service à l’Assedic ou bien à l’ANPE, à l’Adi, pour gérer le RMI, à la CGSS pour gérer la CMU. Tout ce qui concerne la misère. Les vrais champs de pouvoir politique, financier, ce ne sont pas les Guadeloupéens d’origine africaine ou indienne qui les détiennent.
Par contre, sur les terrains de football, de handball, sur les pistes d’athlétisme, là on nous connaît bien. On est capable d’être capitaine de l’équipe de France, de courir sur les stades, mais on n’est pas capables de diriger. J’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi ?  » 

 

D’autres opinions, de nouveaux éclairages :

A propos des dirigeants du LKP :

 "Qui explique que le fer de lance des manifestants est constitué d'une masse de fonctionnaires et assimilés qui ont un pouvoir d'achat de 50 % supérieur à leurs homologues travaillant dans l'hexagone ? Proposent-ils de partager leurs avantages avec leurs compatriotes ? Ils roulent en 4x4 et mènent une vie de "jet set". "

Plutôt inquiétant non ?

A propos  du rôle de l’Etat :

 «  Mais il est faux d'entretenir l'idée que l'État français compte son aide aux DOM-TOM, en plus de ses missions régaliennes et de service public. Exonérations fiscales sur les investissements, emplois subventionnés par milliers, billets d'avion à tarifs réduits, allégements de cotisations sociales...
Peut-être doit-il y mettre un supplément d'âme ? Sans doute doit-il exiger des décideurs locaux davantage de dialogue et de respect entre eux. Il ne doit pas, en revanche, céder à la surenchère exercée par les collectifs de tout poil. La crise «sociétale» ne saurait cacher un très classique combat politique. »  Yves Thréard Figaro.

Avis des habitants, sans doute les plus pertinents et surtout les plus sincères:

                                


 Gwad971 a dit :

 « A ceux qui n'ont que ces mots à la bouche "indépendance pour les DOM", sachez avant tout que la Guadeloupe fait partie intégrante de la France depuis 1674, bien avant Nice ou la Savoie et par conséquent, les Guadeloupéens sont des français comme ceux de métropole!
Ils sont issus du métissage et le sang français coule dans leurs veines! L'indépendance personne n'en veux, c'est le respect des lois de la république qu'ils réclament, pas de la meilleure des manières, mais c'est la seule pour se faire entendre en France! Alors respectez les français d'outre mer. Que diriez- vous s'il y avait un tel mouvement dans le 59 ou dans le 67? Demanderiez- vous l'indépendance pour ces départements? Les antillais aiment leur pays la France et y sont attachés! Il n'y a pas plus de racistes en Guadeloupe, qu'en métropole, bien au contraire!
Dans les îles, les antillais ne sont pas tous des fonctionnaires (- de 30% des salariés), ni des assistés (il n'y a pas plus de RMIstes que dans le 93). Ils travaillent et paient leurs impôts comme tout français. D'ailleurs un guadeloupéen coûte moins cher à l'Etat, qu'un Corse ou un métropolitain (cf. rapport de P. Karam, 2003).

Mais il y a des problèmes énormes en terme de vie chère et ils ne réclament pas l'aide de l'Etat mais que l'Etat fasse respecter la loi pour que les abus cessent! Le gros problème c'est que le gouvernement a laissé faire les syndicats et autres composantes du LKP qui mettent en lumière les dérives du système qui conduit une minorité à s'enrichir aux dépens des autres. Ce collectif est composé d'extrémistes de l'UGTG, syndicat qui sème la terreur depuis près de 20 ans et que l'Etat aurait du dissoudre depuis bien longtemps, après ses multiples dérapages lors de conflits durs, qui ont contribué à tuer l'économie de la Guadeloupe... Les revendications sont légitimes mais il faut admettre que 200€ d'augmentation c'est pas possible.

Toutefois, si l'Etat fait baisser les prix exorbitants dans la grande distribution, dans les banques, la téléphonie mobile, l'internet, le transport aérien avec un alignement des prestations sociales des DOM sur la métropole (hé oui, c'est plus bas dans les DOM pour les allocs, et il n'y a pas d'APL!!!!), ça devrait permettre de sortir du conflit, sinon attention à la contagion en métropole ! "

 

 Akwaba a dit :

Bonjour,

Les martiniquais sont aussi des français, donc révolutionnaires dans l'âme. Les collectifs antillais sont simplement en train de réclamer et même faire le travail (vérifier,négocier,...) que les grands "dirigeants" de France et du monde ne font pas ou mal. La répartition des richesses est le cœur du problème de ce monde, les Doms sont simplement les premiers français touchés puisque les inégalités et injustices y sont exacerbées et en vase clos. Mais soyez assurés que la métropole prendra exactement le même chemin de la rue et pourtant points de békés, d'indépendantistes ou autres dans l'hexagone.
Le problème n'est plus d'être blanc ou noir, même pas d'être pauvre ou riche, mais d'être profiteur ou partageur. »
                                               

Vous constatez que les avis divergent que finalement plus on cherche à comprendre, plus on s’y perd un peu.
Mais la tonalité générale est que le fondement des revendications est juste, mais que leurs contenus sont excessifs par leur largeur même, et que les moyens mis en œuvre, par exemple les menaces directes, les chantages à la violence, sont insupportables pour la population.

La solution serait que chacun respecte l’autre, que des négiociations réelles se mettent en place et fassent bouger les choses . Sans violence, sans prendre le peuple en otage .
Le droit de grève oui, mais laisser la liberté de choix à tous  !


                                            


Demain je vous apporterai une dernière analyse de l'écrivain guadeloupéen Ernest Pépin.
Cet article est certainement trop long et je m'en excuse mais difficile de démêler un tel problème en quelques paragraphes.  Bisous à tous !

Rédigé par Moonshadow

Publié dans #Reflexions

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Géraldine 25/02/2009 23:52

ben dis donc, dans ma rage, je ne pensais pas avoir posté autant de commentaires ! J'ai du y passer la journée !!!

Géraldine 19/02/2009 13:23

rien à redire non plus sur le témoignade d'akwaba !
Bon effectivement, le billet est long. je lirais donc l'autre demain car là, j'ai une assistante sociale qui vient essayer de me sortir de la merde financière dans laquelle je suis à cause de mon arrêt maladie que je n'ai pas choisi.
Je vais mettre un lien dans mon article vers le tien, comme ca, mes lecteurs pourront se faire une opinion plus précise de ces évènement !

Géraldine 19/02/2009 13:20

tout à fait d'accord avec ce que dit Gwad971

Géraldine 19/02/2009 13:17

Effectivement, le fer de lance des graviste est surtout constitué de fonctionnaires antillaisqui gagne bien mieux leur vie que s'il vivait en métropole.... Ce n'est pas le petit commerçant indépendant antillais qui fait grêve. Lui ne demande qu'à pouvoir travailler et gagner sa vie tranquillement.

Géraldine 19/02/2009 13:14

Autant pour moi, Domota travaille à l'ANPE, pour un salaire de 2800 € mensuel...