Ce que le jour doit à la nuit

Publié le 18 Novembre 2008






                                  




" Ce que le jour doit à la nuit" est le titre du dernier roman de Yasmina Khadra.
Je vous en ai déjà parlé à l'occasion de notre visite à la foire du livre de Brive, où j'ai eu la chance de rencontrer l'auteur.  Il a choisi comme pseudo les prénoms de son épouse , en  hommage aux femmes  et pour leur montrer son amour et son respect.
Je vous conseille ce roman magnifique.



L'histoire


 

Alors que Younes n’a que neuf ans, son père, paysan ruiné par un spéculateur autochtone, perd ses terres ancestrales. Accablé, l’homme doit se résoudre à confier son enfant à son frère, un pharmacien parfaitement intégré à la communauté pied-noir d’une petite ville de l’Oranais. Le sacrifice est immense. En abandonnant son fils, l’homme perd du même coup le respect de lui-même.

Mais les yeux bleus de Younes et son physique d’ange l’aident à se faire accepter par cette communauté aisée de province.


                                                          


Rebaptisé Jonas, il grandit parmi de jeunes colons dont il devient l’inséparable camarade. Il découvre avec eux les joies de l’existence et partage leurs rêves d’adolescents privilégiés que ni la Seconde Guerre Mondiale ni les convulsions d’un nationalisme arabe en pleine expansion ne perturbent.
Jusqu’au jour où revient au village Émilie, une jeune fille splendide qui va devenir la vestale de nos jeunes gens. Naîtra ainsi une grande histoire d’amour qui mettra à rude épreuve la complicité fraternelle des quatre garçons, écartelés entre la loyauté, l’égoïsme et la rancune que la guerre d’Indépendance va aggraver.

La révolte algérienne sera, pour Younes-Jonas, sanglante et fratricide.


                                


 Il refusera de laisser détruire l’amitié exceptionnelle qui l’unit à ces jeunes pieds-noirs ; il ne pourra tourner le dos à cet oncle et à cette tante qui lui ont offert une vie meilleure ; mais jamais il n’acceptera non plus de renoncer aux valeurs inculquées par son père : la fierté, la déférence envers ses ancêtres et les coutumes de son peuple, le respect absolu de la parole donnée, et, ce, quitte à mettre en péril l’amour déchirant qu’il a pour Émilie. 

Yasmina Khadra éclaire d’un nouveau jour ce conflit ayant opposé deux peuples amoureux d’un même pays. La grande originalité de cette saga qui se déroule de 1930 à nos jours repose sur une courageuse défense de cette double culture franco-algérienne que l’Histoire a, de part et d’autre, trop souvent cherché à renier."




        

Rio Salado le village où grandit Younès.



Ecoutons cet écrivain algérien  nous parler des sentiments exprimés dans son roman.



 "J’exprime en effet de la colère, mais surtout beaucoup de déception. Les êtres humains me déçoivent. Je trouve qu’ils n’ont jamais su vivre pleinement leur vie. Ils ne sont pourtant que des mortels, donc des fantômes en sursis. Au lieu de faire de ce sursis un élan vers des vies pleines et riches, ils en font des arènes, des champs de bataille, des dépotoirs sentimentaux où la haine prime l’essentiel. L’être humain est un être paradoxal. Il est l’intelligence et la bêtise, la générosité et l’infamie, l’espoir et la déchéance… Question d’optique, finalement.

Mon personnage n’est pas humilié. Au contraire, il souffre d’un déchirement entre deux univers. Celui du confort dans lequel il baigne et celui de la misère dans laquelle se dilue son propre peuple. Ce livre raconte surtout l’histoire d’un gâchis.

Cette terre était prête à accueillir toutes les joies du monde.
C’était une patrie merveilleuse, fascinante et généreuse.
 Mais des hommes ne mesuraient pas le privilège qu’ils avaient de vivre sur cette terre. Repliés sur leurs communautés, par une sorte d’instinct grégaire, ils ont cru pouvoir réduire un pays à leur propre univers clos sur lui-même. Ils ont dressé des remparts autour d’eux. Ils sont devenus otages de leur cage dorée. Cette cage les empêchait d’aller vers les autres et de s’enrichir d’eux."

  

                       




Yasmina Khadra nous offre ici un grand roman de l'Algérie coloniale (entre 1936 et 1962) une Algérie torrentielle, passionnée et douloureuse et éclaire d'un nouveau jour, dans une langue splendide et avec la générosité qu'on lui connaît, la dislocation atroce de deux communautés amoureuses d'un même pays.


J'ai beaucoup appris sur mon pays natal, sur la vie des gens là-bas et leurs relations complexes. Le style de cet auteur est magnifique et sa sensibilité profonde.


         


  Bisous à tous !

 

 


Rédigé par Moonshadow

Publié dans #Livres

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BERRAHO 28/03/2016 20:10

Je suis né et grandi dans la merveilleuse ville de Rio-Salado aujourd'hui EL MALAH. Je reconnais que Yasmina KHADRA est un très grand écrivain, son best-seller "Ce que le jour doit à la nuit" et le film d'Alexandre

Tita 19/11/2008 21:23

Super article qui me donne envie de faire un beau voyage à travers ce livre.
Ce week-end, c'est la fête du livre à Toulon : j'irai bien sûr y faire un tour pour essayer de faire quelques découvertes.